Immortel – Voïvod #12

Publié : 28 juillet 2013 dans ARSENIC #12
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Photo: Danny Clinch

Photo: Danny Clinch

Pour notre deuxième entrevue mise en ligne sur le blogue d’ARSENIC, on revisite un passé pas si lointain. Cet entretien avec Michel «Away» Langevin remonte à 2009 et a été publiée dans notre dernier numéro, le #12, paru à l’automne de cette année-là. Les choses ont changé depuis. Jason Newsted était dans le band, Jean-Yves «Blacky» Thériault et Daniel Mongrain étaient des musiciens live… on était alors loin de se douter que le groupe originaire de Jonquière allait nous écrire une bombe comme TARGET EARTH [Century Media, 2013]. Et pour la première fois depuis le départ de Piggy, à moins que je ne m’abuse, ils fouleront le sol abitibien lors de la soirée métal du Festival de musique émergente de l’Abitibi-Témiscamingue, le dimanche 1er août, sur la scène du Petit Théâtre du Vieux-Noranda. Bonne lecture! [PS: le Psyko qui intervient entre les crochets, c’était mon nom d’emprunt pour le fanzine]

Par Martin Guindon

Vous n’êtes pas sans savoir sans doute toute l’admiration que j’ai pour ce groupe. Je connais Voïvod depuis maintenant une vingtaine d’années. Je les ai vus live un certain nombre de fois, du line-up original, à celui avec Eric Forrest… mais pas depuis le retour de Snake ni évidemment depuis le grand retour des gars sur scène avec Dan Mongrain en guise de guitariste. Bon, où reprendre. Il s’est passé quand même quelques petites affaires dans la vie du groupe depuis notre dernière entrevue. Les gars ont finalement enregistré un deuxième album avec tout le matériel laissé par Denis «Piggy» D’Amour, sur son ordinateur. Un album un peu différent, et je vais laisser Michel «Away» Langevin vous expliquer pourquoi. On a aussi jasé de l’intégration de Dan Mongrain, des spectacles, de l’avenir… et d’autres affaires. Voyez par vous-mêmes!

Michel, la dernière fois qu’on s’est parlé, c’était pour ARSENIC #4 [Été 2006]. Vous alliez alors sortir KATORZ [The End, 2006]. Comment avait finalement été reçu cet album?

Ça avait été très bien reçu, dans le sens que ça existe. Par contre, peut-être qu’il y a des gens qui se rendent compte que ça aurait pu être un peu plus développé au niveau des structures des chansons. Mais en général, c’est sûr que ça a été très bien reçu et qu’on n’aura pas vraiment de problème pour INFINI à ce niveau-là, parce que les gens qui écoutent Voïvod sont juste contents que l’on finalise les projets après le départ tragique de Piggy. Nous, on ne pense pas vraiment en termes de conquérir d’autres marchés. On fait du Voïvod et ce sont les amateurs de Voïvod qui en profitent.

À l’époque, vous n’étiez pas encore prêts à faire un show sans Piggy. Vous aviez du mal à voir quel guitariste pourrait le remplacer live. Tu avais alors évoqué un gars avec une signature particulière comme Andreas Kisser de Sepultura. Finalement, votre choix s’est arrêté sur un Québécois pure laine, Daniel Mongrain [Martyr, ex-Cryptopsy, ex-Gorguts, ex-Capharnaum]. Pourquoi?

Dans le cas d’Andreas, c’était plutôt pour un spectacle hommage à Piggy qu’on avait pensé à lui. Mais on ne pensait pas vraiment remplacer Denis pour partir en tournée. Même après la sortie de KATORZ, Denis Bélanger et moi, on s’est un peu éloigné de Voïvod en général pour prendre un peu de recul et développer nos trucs séparés. Je ne pensais plus vraiment retourner sur les planches avec Voïvod. Je pensais même que les gens allaient oublier Voïvod et c’est le contraire qui s’est produit. Au fil des années 2006, 2007 et début 2008, il y avait de plus en plus de demandes de la part des promoteurs pour qu’on fasse une reformation pour faire des spectacles. Les gens en ligne dans des forums de Voïvod insistaient beaucoup pour qu’on entre en studio pour réaliser INFINI. On s’est laissé convaincre. Finalement, Heavy MTL [PsyKo : juin 2008], c’était tellement merveilleux comme expérience que ça nous a encouragés à faire d’autres spectacles avec Ozzy à Calgary, puis le Centre Bell avec Judas Priest et le Japon avec Testament. On est revenu «réénergisé». Dans le cas de Dan, c’est surtout un ami de Jean-Yves [«Blacky» Thériault, bassiste]. Par contre, je l’avais vu faire un medley de Voïvod avec Jean-Yves en 2007 au Club Soda pour les 25 ans du métal québécois. Denis et moi, nous étions dans la salle et on a vraiment été impressionnés. C’était clair dans ma tête que techniquement, Dan n’aurait aucun problème à reproduire les accords de Denis. C’est aussi quelqu’un de très humble et ça, c’est super important. Donc, c’est un peu à travers Jean-Yves qu’on a connu Dan et finalement, c’est un Voïvod [rires].

Je ne pensais plus vraiment à retourner sur les planches avec Voïvod. Je pensais même que les gens allaient oublier Voïvod et c’est le contraire qui s’est produit

Donc, le premier show depuis le départ de Piggy aura été celui du Heavy MTL?

Oui. Et ça a pris du temps avant que je me laisse convaincre. C’est Snake qui m’est arrivé à un moment donné et m’a dit : «Si on ne donne plus de spectacles et si on n’entre pas en studio pour finaliser INFINI, la musique va pourrir et mourir. C’est mieux de la faire vivre.» C’est vraiment ça qui m’a convaincu et là, je ne le regrette pas du tout. On a entre 20 et 25 festivals de prévus cette année en Europe, au Québec et au Mexique. Je trouve ça vraiment excitant et j’espère qu’on va tourner jusqu’à ce qu’on ne puisse plus tourner. Les breaks ont été vraiment très longs dans la carrière de Voïvod. Il y a eu des périodes… comme là, je pense que ça fait presque dix ans qu’on n’a pas joué en Europe. Ça n’a pas de bon sang, dans la carrière d’un groupe. Je veux vraiment qu’on en profite. Surtout qu’on est comme passés dans une catégorie thrash métal classique où l’on partage la scène des festivals avec d’autres groupes de notre génération. C’est un mouvement très apprécié, surtout en Europe. On va donc en profiter.

Mais on parle surtout de festivals. Pensez-vous faire une tournée nord-américaine pour supporter INFINI par exemple?

Hmmmm. Ça, je ne pourrais pas te dire. Je pense qu’on va plus se concentrer sur les festivals. Je ne penserais pas qu’on fasse une tournée nord-américaine dans les clubs, à moins qu’un groupe nous invite à ouvrir pour lui, comme Slayer ou je ne sais pas. Là, ça pourrait être très intéressant. Mais partir en tournée dans les clubs, ça me semble moins intéressant que de faire les festivals pour l’instant.

Vous avez donné des concerts au Japon. Raconte-nous un peu cette aventure. Vous y étiez déjà allés?

Non, c’était la première fois et c’était une expérience assez incroyable. La plupart des gens ne nous avaient jamais vus et nous attendaient depuis 25 ans. C’était quelque chose en tout cas [rires]. En fait, ça a tellement bien fini notre année de spectacles l’an dernier que c’est un peu ça qui nous a donné l’énergie, à Denis et moi, pour entrer en studio et finaliser INFINI. On s’était reconstruit depuis KATORZ. À l’époque de KATORZ, on était en état de choc et on n’était beaucoup plus focus que sur le nouvel album.

Parlons-en justement de ce nouvel album. INFINI sort le 23 juin sur Sonic Unyon au Canada et Relapse aux États-Unis. Votre entente avec The End était pour un album seulement?

C’était renouvelable, mais je pense… En fait, c’est une séparation qui s’est faite à l’amiable. Je ne sais pas. Peut-être qu’eux considéraient que… En fait, je ne pourrais pas dire. Moi, je suis un peu content. J’essaie de ne pas trop devenir ami avec les gens de compagnies de disques pour ça, parce qu’à chaque deux albums, on peut changer [rires]. Je laisse surtout ça dans les mains de notre gérance, qui va s’organiser pour que ce soit la meilleure situation pour le groupe. The End Records, c’était pour KATORZ. Relapse, c’est pour INFINI. Et le prochain album, s’il y en a un autre, je ne sais même pas qui va nous signer. Avec Voïvod, j’ai appris à prendre ça au jour le jour, inquiète-toi pas [rires].

Est-ce que le titre, INFINI, a une signification particulière, en lien peut-être avec le fait d’immortaliser ces dernières chansons de Piggy pour la postérité?

Oui, c’est un peu pour mettre l’accent sur le côté éternel de la musique que Denis D’Amour avait écrite avec le groupe. Le fait aussi que ce soit un titre en français, c’était pour nous représenter, nous autres et nos origines. Ça voulait aussi un peu dire que Voïvod est immortel. Dans le fond, ce n’est jamais fini. Il peut arriver d’autres trucs dans le futur. On peut faire d’autres projets. C’est aussi un petit clin d’œil évidemment à Denis D’Amour.

Le fait aussi que ce soit un titre en français, c’était pour nous représenter, nous autres et nos origines. Ça voulait aussi un peu dire que Voïvod est immortel

Donc, sur INFINI, on retrouve les 13 dernières chansons que Piggy avait composées avant sa mort. Les 10 premières avaient été endisquées sur KATORZ. Comment aviez-vous fait le choix des chansons qui apparaîtraient sur chaque album?

Ce qui est arrivé, c’est qu’en 2004, on avait fait les démos pour les 23 chansons. À ce moment-là, Denis était allé à San Francisco au studio de Jason, et toujours avec son laptop, il avait enregistré les pistes de basse de Jason. Jason avait composé la basse pour dix chansons. C’est ça qui est devenu KATORZ. Pour INFINI, pour les 13 chansons qui n’avaient pas de basse et qu’on a finalisées l’an dernier, Jason a dû écrire la basse. Il les a enregistrées à San Francisco. Donc, c’est une sélection qui s’est fait plus par Jason. Peut-être qu’il a fait la basse pour dix chansons qui pour lui étaient connectées? Je ne sais pas. Il avait écrit ces dix partitions-là. Peut-être que c’est aussi complètement au hasard. Mais c’est étrange. Les gens trouvent que INFINI est un peu différent de KATORZ. C’est peut-être juste le fruit du hasard…

Peut-être… Comment s’est déroulé cette fois-ci le processus de création? Est-ce qu’il a différé de celui de KATORZ? Comment avez-vous enrobé les chansons à partir des guitares de Piggy?

J’ai fait la batterie. On l’a envoyée avec les riffs de guitare à San Francisco, où Jason a fait la basse. Il nous a renvoyé tout ça et Denis Bélanger a fait le vocal par-dessus tout ça. Alors, on a tout fait ça dans des studios différents, encore une fois, à des moments différents. C’est un processus assez étrange, parce que en bout de ligne, il faut faire sonner ça comme si c’était un groupe dans une pièce. Ce n’est pas évident.

Si je comprends bien, les tracks de guitare n’ont aucunement été altérées. Elles sont exactement comme Piggy les avait enregistrées?

Tel quel, et encore plus que sur KATORZ. Sur KATORZ, on avait réamplifié les pistes, mais sur le nouvel album, on ne l’a pas fait. Denis Bélanger a beaucoup insisté. Il voulait que ça sonne comme le laptop, comme Denis dans son appart. On ne les a donc pas réamplifiées, on les a prises telles quelles. Mais c’était très peaufiné. Il avait fait plusieurs pistes. Il avait fait des solos. Des fois ça me fait penser qu’il s’était peut-être dépêché professionnellement de tout faire, parce qu’il sentait que quelque chose n’allait pas. Je ne le sais pas. C’était finalisé, plus que l’on s’en attendait.

Pour l’enregistrement, vous avez fait ça dans le studio de Jason [ex-Metallica]? J’ai lu qu’il avait mixé l’album. Est-ce que d’autres personnes ont été impliquées à d’autres étapes de la production? Glen Robinson, par exemple?

Glen a tracké le drum et le vocal. La basse a été faite à San Francisco avec l’ingénieur avec qui on avait fait le premier album avec Jason, VOIVOD [].

C’est finalement Jason qui a fait la basse sur l’album? J’ai cru lire à un moment que vos anciens bassistes, Jean-Yves «Blacky» Thériault et Eric Forrest, allaient se partager la tâche?

Ce qui est arrivé, c’est que j’étais supposé de faire les pistes de drum au début de 2008. À ce moment-là, Jason avait eu une opération et il n’était pas disponible pour faire toutes les pièces. On s’était dit que ça pourrait être intéressant s’il avait fait 3-4 pièces, puis Blacky en aurait fait 3-4, puis Eric Forrest aussi. Mais avec les spectacles qui ont été bookés, il a fallu retarder la session de drum à la fin de 2008. Rendu là, Jason était complètement remis de son opération. Vu qu’il avait participé à l’élaboration des pièces en 2004, il voulait vraiment essayer de toutes les faire. Sinon, on serait retourné au plan A. Finalement, il a réussi à toutes les faire. Ça lui tenait à cœur. Il disait que l’album, c’était aussi son bébé. Mais bon, peut-être que dans un futur rapproché ou éloigné, on fera un album avec Dan Mongrain et tous les bassistes impliqués, je ne sais pas [rires]. Voïvod, c’est maintenant une grande famille et c’est ça qui est le fun.

Votre bassiste en spectacle est Blacky?

Oui. Là on fait une tournée de festivals avec Blacky, Dan Mongrain, Snake et moi. On se concentre surtout sur les pièces des six premiers albums, comme on avait fait l’année passée, mais là on a inclus deux pièces du nouvel album, parce qu’on veut quand même le prévoir.

Donc, il n’y a pas de chansons des albums sortis entre ANGEL RAT et INFINI?

En effet.

J’ai aussi cru comprendre qu’INFINI serait le dernier album de Voïvod. C’est vraiment le cas? Pourquoi?

Ce n’est rien de sûr encore. Il y a quand même une forte possibilité. J’aimerais ça continuer de travailler sur des projets avec Voïvod le plus longtemps possible. Je ne sais pas. Je sais que c’était écrit dans le communiqué. Mais ça revient plus à comme je le disais tantôt. Je vais le prendre plus au jour le jour, comme j’ai toujours fait avec Voïvod. Cette année, on a tellement de travail juste avec les festivals et la promotion d’INFINI, que c’est plus l’année prochaine que je vais me mettre à réfléchir à tout ça.

Tu disais plus tôt que musicalement, les gens t’ont dit qu’ils sentaient comme une différence entre KATORZ et INFINI. J’aurais tendance à être d’accord. Je sens d’ailleurs une certaine fluidité sur chacun des albums qui leur est propre. Qu’en penses-tu?

Je sens une différence entre INFINI et KATORZ. Je pense que le nouveau est un peu plus dark et peut-être un peu plus punk, mais c’est peut-être juste que dans ma tête, ce sont des sessions différentes, avec des ambiances différentes. KATORZ, on était en état de choc. C’était deux ou trois mois après le départ de Piggy. Je vois ça différemment. Pour INFINI, on avait eu le temps de se reconstruire et de se réénergiser. Je vois ça comme un album plus positif, même si les gens le trouvent plus dark. Je suis un peu d’accord, dans le sens qu’il est un peu plus intriguant comme album. KATORZ était peut-être un peu plus rock. C’est peut-être pour ça que Jason avait choisi ces chansons-là pour faire la basse dans le temps. Les dernières années où Jason était dans Metallica, c’était devenu très rock. Peut-être qu’il avait une préférence pour ça. Le nouvel album est peut-être un peu plus progressif.

Et KATORZ contenait aussi un peu plus de rage, par rapport à tout ce qui s’était passé avec Piggy?

Ah oui, ça s’est vrai par exemple. On était indignés. On trouvait que ce n’était pas juste, c’est vrai.

Côté textes, on retrouve les bonnes vieilles préoccupations environnementales de Voïvod. Je pense notamment à des chansons comme «Earthache» et «Global Warming». Même la pochette de l’album, avec le masque à gaz, semble y faire référence. C’est un thème qui vous tient particulièrement à cœur?

Oui, tout à fait. On se concentre pas mal toujours sur l’armement et l’environnement. Par périodes, il y avait des gens qui semblaient penser que c’était démodé, mais nous autres on a toujours insisté là-dessus. Mais là, c’est revenu. Avec l’Iran et la Corée du Nord, toute la question de l’armement est revenue dans l’actualité. On trouve ça important. On a toujours voulu avoir un contenu social. Mais c’est raconté à travers des histoires de science-fiction, pour rendre ça plus intéressant et moins prêchi-prêcha. Mais oui, nos textes touchent beaucoup le nucléaire et l’environnement.

J’avais déjà lu dans une vieille entrevue, dans les années 80, où vous faisiez beaucoup référence à l’aluminerie à Arvida, pour l’environnement…

Oui, ça, c’est vrai. Le Saguenay, c’est super beau. Mais c’est vrai que les usines de Price et de l’Alcan ont influencé nos compositions au tout début et c’est probablement resté dans notre signature.

De quoi parle une chanson comme «God Phones»? De religion? [PsyKo : je n’avais pas encore les textes!]

Non, pas nécessairement. Je pense que Snake voulait parler plus d’hallucination, de schizophrénie, de paranoïa que de religion comme telle. Le procédé n’est plus comme dans le temps, où j’écrivais un concept et tout ça. Depuis que Snake est revenu dans le band au début des années 2000, j’insiste pour qu’il écrive ses propres histoires parce que je ne veux pas répéter les erreurs de l’époque où Snake se faisait dire de quoi parler. Ce n’est pas comme ça que je veux fonctionner et lui non plus, j’en suis certain. Il écrit sur ses préoccupations. Je lui donne des idées une fois de temps en temps. Quand je trouve des trucs de conspiration sur Internet qui peuvent stimuler l’imagination, je lui en parle. Je sais que Jason lui donne souvent des poèmes et de l’écriture automatique, mais c’est Snake qui écrit ses propres textes. Et il s’influence beaucoup de la musique aussi.

Qu’est-ce qui se passe à la fin de la chanson «Volcano»? Dois-je craindre des messages subliminaux?

[rires] Je ne penserais pas. Snake et Jason aiment ça déconner comme ça entre les chansons ou à la fin des chansons. Ils en ont fait une habitude, on dirait. Je trouve ça comique, personnellement. Ce n’est pas très sérieux. On avait fait quelques expériences comme ça, je pense que c’était sur «Flying Cigar» en 2003. C’est le côté Jason qui ressort, ça.

Le masque à gaz en couverture de l’album, j’ai cru comprendre que c’est une œuvre que tu avais réalisée pour un documentaire de Jean-Marc E. Roy?

En fait, c’est un docu-fiction qui s’appelle PANORAMA. J’avais fait ça pour l’affiche et la couverture du DVD. C’est un film de 22 minutes. Les compagnies de disques ont vraiment aimé ce masque à gaz là et ça a fini par être la pochette. Ça fait un peu Motörhead dans le fond. Ce sont mes influences Motörhead qui refont surface.

J’ai lu que le groupe travaillait sur un court vidéo de type «making of» d’INFINI. À quoi doit-on s’attendre?

Juste un petit clip comme on avait fait pour KATORZ, encore avec Sam Dunn, qui a fait Global Metal, Metal A Headbanger’s Journey et le dernier film sur Maiden. C’est lui qui nous aide à faire ces petits clips-là. Il a fait des entrevues avec des amateurs de Voïvod, comme Dave Grohl. C’est un petit kit de promotion qui sera en ligne. Tout ça pourrait aussi faire éventuellement partie d’un documentaire. C’est juste que ça coûterait un peu cher pour le finaliser. Si on avait des subventions, on serait capable de le finaliser. Il est presque à moitié achevé. Il y a énormément de matériel qu’il faudrait éditer et monter. C’est vraiment une question d’argent, comme pour la plupart des projets de Voïvod. Ça prend toujours deux ou trois ans pour les réaliser, parce qu’au fur et à mesure qu’on a de l’argent, on l’investit dans nos projets. Ça peut être long des fois. C’est autoproduit en général.

C’est assez incroyable tout ce que fait Sam Dunn pour le métal depuis quelques années. Ces deux documentaires sont vraiment excellents.

Il est en train de remettre le métal sur la mappe à lui tout seul, c’est vraiment incroyable. Il faut lui donner ça. Je n’ai pas encore vu son film sur Iron Maiden, mais je suis convaincu que c’est aussi bien intéressant.

Tu as publié un livre d’art, intitulé «Worlds Away» [www.voivodbook.com]. Parle-moi de ce qu’il contient…

On y retrouve tout, en fait plus que tout. En plus d’avoir les t-shirts et les pochettes, les trucs que j’ai faits pour les vidéos. Il y a les sketches qui sont faits en tournée ou en studio. Il doit y avoir 500 dessins ou quelque chose comme ça. Il y a du texte aussi, tiré d’entrevues que j’ai faites avec Martin Popoff, et des entrevues avec d’autres gens du milieu métal, qui sont des amateurs de Voïvod. Les dessins, ça part d’aussi loin que 1976, quand j’étais à l’école et que je commençais à créer la mythologie Voïvod sur des feuilles quadrillées [rires]. Ça finit en 2008. Ça couvre vraiment toute la carrière et toute la mythologie Voïvod [PsyKo : pour votre culture, selon Wikipédia : Le Voïvod est un chevalier-vampire-androïde de l’ère postnucléaire. Inspiré d’une légende transylvanienne, cet antihéros est sorti tout droit de l’imaginaire de Away, le batteur, auteur et illustrateur du groupe. Le personnage Voïvod évolue et se métamorphose d’un album à l’autre]. On a fait 3000 copies de très bonne qualité. On va voir à partir de là si on les vend tous, on fera une deuxième édition. Mais si j’en vends 3000 copies, je serai déjà très content.

Je le mets sur la liste de cadeaux de fête et ma fête est juste en décembre. J’espère qu’il va en rester jusque-là!

[rires] Inquiète-toi pas, c’est quand même assez underground. Ça va prendre au moins un an pour vendre 3000 copies, je suis pas mal sûr…

Parlons deux minutes de toi. Outre Voïvod, tu es dans d’autres projets. Il y a les Ékorchés. C’est un beau trip de chums ça…

Oui, c’est un super trip. Vu que ce sont des gens impliqués dans d’autres groupes, on ne fait pas énormément de spectacles. En plus que je suis de moins en moins disponible. C’est un beau trip de métal en joual. J’adore ça.

As-tu d’autres projets? Qu’advient-il de Aut’ Chose? Kosmos?

Peut-être un deuxième Kosmos. Je fais aussi beaucoup de concerts avec Martin Tétreault, qui est dans un milieu plus avant-garde. C’est plus de l’improvisation. Peut-être qu’on va travailler sur un album de Aut’ Chose, mais ce n’est pas sûr encore. On va voir comment ça va aller.

Tu n’étais pas impliqué dans le projet de Snake, Paranoland?

Non. Snake y travaille encore avec une gang de chums. Je pense que ça ne s’appelle plus Paranoland, mais il se tient occupé aussi musicalement de son côté.

Pour finir ça, je voulais aborder le show du 4 juillet à Ville Saguenay avec Death Dealer. Ça va faire combien de temps que vous n’avez pas joué à Jonquière?

La dernière fois, c’était il y a dix ans avec Grimskunk au Stade Desmeules. Ça fait un sacré bout de temps. En plus, c’est comique, parce qu’on va à la Place Nikitoutagan, où on a fait notre tout premier show en 1983. C’est le grand retour!

Death Dealer, ça remonte pas mal à votre époque aussi, ça…

Ça remonte à 1983 ou 1984 comme nous. Ils étaient là au tout début de Voïvod. Eux, ils étaient un peu les Iron Maiden et nous, les Venom [rires].

VOIVOD [2009]

Denis «Snake» Bélanger, voix

Jason «Jasonic» Newsted, basse

Michel «Away» Langevin, batterie

Denis «Piggy» D’Amour, guitare [RIP]

Musiciens live

Jean-Yves «Blacky» Thériault, basse

Daniel Mongrain, guitare

Site officiel

Metal Archives

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Photo: Jozo_Palkovits

Photo: Jozo_Palkovits

J’ignorais avec quelle entrevue lancer officiellement le blogue. Je savais que ce serait avec un groupe culte, mais j’en ai interviewé quelques-uns dans les cinq années de l’aventure ARSENIC. Puis, cette semaine, en voyant passer des messages de Jonathan Hudon sur Facebook à propos de Hellhammer et de Celtic Frost, me rappelant à quel point j’avais adoré mon entretien avec Martin Ain et surtout, l’album Monotheist, je me suis dit que ce serait un bon choix. L’entrevue remonte à 2006. Elle est parue dans l’édition #5 (Automne 2006). Celtic Frost n’existe plus (pour le moment!) et Monotheist pourrait bien être leur dernier album en carrière. Bonne lecture!

Par Martin Guindon

C’est un peu par hasard que j’ai accepté de faire une entrevue avec Celtic Frost. On m’en a offert l’opportunité alors que toutes les entrevues pour ce numéro étaient décidées et j’ai finalement saisi l’occasion de parler avec une légende vivante, sans savoir si ça allait être Tom G. Warrior ou Martin Ain. J’ai connu Celtic Frost avec le clip de «Circle Of The Tyrants», diffusé à Solidrok à l’époque… une sorte de show avec full stroboscope et le logo de Celtic Frost qui ressort en arrière. Un peu surréaliste pour un non-initié. Puis, j’ai découvert Hellhammer en entendant une chanson d’épouvante à l’émission de radio Métal Militia (animée par notre cher Tower of Death) dans les mêmes années. J’ai adoré l’album INTO THE PANDEMONIUM, et découvert plus tard les MORBID TALES et TO MEGA THERION. J’ai décroché avec COLD LAKE. L’ambiance froide que j’aimais tant venait de disparaître au profit d’une sorte de glam métal fucké. Mais, bon, revenons en 2006. MONOTHEIST marque le retour de Celtic Frost et c’est un retour solide. Pas un chef d’œuvre, mais rien qui ne vienne entacher la réputation du groupe. Beaucoup de questions me viennent à l’esprit et cette entrevue se prépare assez facilement, avec notamment le concours de Tower. Rendez-vous téléphonique donc à 15 h, le 23 août. 15 h 15, rien. 15 h 30 toujours rien. J’envoie un courriel à la personne responsable de l’entrevue. Martin est pris dans une autre entrevue, il m’appelle dès qu’il a fini. Ça sonne vers 16 h. C’est lui. Et l’attente en valait la peine. Martin Ain s’est montré particulièrement sympathique et généreux. Voyez par vous-mêmes.

Avant même de parler du nouvel album et de la tournée, je voulais profiter de l’occasion pour parler un peu du passé. Quand vous vous êtes lancés dans Hellhammer, Tom et toi, existait-il seulement une scène métal en Suisse, outre peut-être le groupe Krokus?

Outre Krokus et tous ces groupes qui voulaient être des Krokus, tu veux dire. Parce que tout ce que nous avions comme scène de métal underground à l’époque était constitué de groupes qui voulaient sonner comme Krokus ou encore Scorpions. Des groupes plus heavy comme Iron Maiden et Motörhead étaient vus comme des parias à l’époque. Ils ont vraiment commencé à être pris au sérieux avec NUMBER OF THE BEAST et ACE OF SPADES. Mais les débuts du thrash, du death ou du black étaient totalement ignorés. Les gens riaient tout simplement de nous et de notre musique. Nous étions des pionniers de notre genre dans notre pays.

Tu étais dans Hellhammer avec Tom dès les débuts?

En fait, il a commencé sans moi. Dans les débuts, il y avait le batteur Bruce Day, qui n’était pas le premier batteur, mais celui qui jouait sur le premier démo. Il y avait aussi Steve Warrior, le prétendu frère de Tom. Ils étaient les fondateurs de Hellhammer. Mais j’ai joint peu de temps après la réalisation du premier démo. J’ai remplacé Steve à la basse.

Le groupe a fini par se séparer et de ses cendres est né Celtic Frost, en 1984?

Oui, après l’enregistrement de notre premier EP, APOCALYPTIC RAIDS (Noise, 1984), Hellhammer avait complété sa vie utile pour nous.

Celtic Frost a sorti un premier EP de six chansons en Europe, MORBID TALES. Étrangement, le même album comprenait deux chansons de plus en Amérique (merci Tower!)?

Oui, il comptait en effet huit chansons dans sa version américaine, parce que la compagnie de disque là-bas voulait absolument en faire un long jeu.

Et la version originale européenne de MORBID TALES, étrangement, ne contenait même pas la chanson titre, alors qu’ici en Amérique, nous l’avions sur l’album? Pourquoi?

Oui, c’est vrai. La compagnie de disque à l’époque croyait qu’il était plus astucieux de sortir des EP, après le succès d’APOCALYPTIC RAIDS en Europe. Ils ont préféré conserver des chansons pour pouvoir les mettre sur des compilations ou encore sur un autre EP qui suivrait MORBID TALES. Aux États-Unis, la compagnie de disque croyait qu’il était mieux de sortir un album complet. En Europe, nous avons envoyé trois nouvelles chansons enregistrées avec notre nouveau batteur de l’époque, Reed St. Mark (ex-Mindfunk), aux gens de la compagnie de disque parce qu’ils voulaient l’entendre à l’œuvre. Nous avions eu tellement de difficultés à trouver un batteur adéquat. Ils les ont aimées et en ont fait un nouvel EP de cinq chansons, THE EMPEROR’S RETURN (Noise, 1985), avec «Circle Of The Tyrants», «Visual Aggression» et «Suicidal Winds» ainsi que les deux chansons qui n’étaient pas sur le premier EP («Morbid Tales» et «Dethroned Emperor»).

Est-ce que c’est à ce moment que le groupe a pris son envol? Je me rappelle avoir vu un vidéo pour la chanson «Circle Of The Tyrants» à l’époque…

Non. La version de «Circle Of The Tyrants» pour laquelle nous avions fait un clip était celle que l’on retrouve sur l’album TO MEGA THERION (Noise, 1986). C’est là qu’on a vraiment pris notre envol. Avec MORBID TALES, plusieurs journalistes de la scène métal croyaient toujours que Celtic Frost était tout simplement Hellhammer avec un nom différent, même si pour nous, ça ne l’était vraiment pas. Nous avions une approche totalement différente avec Celtic Frost. TO MEGA THERION, avec la pochette de Giger, nous a vraiment propulsés à l’avant-scène du métal underground.

Pourquoi n’étais-tu pas sur cet album classique?

J’ai rejoint le groupe immédiatement après la réalisation de l’album. En fait, j’ai participé au réenregistrement de trois chansons pour l’album (NDLR : il est crédité de la basse sur les chansons «The Usurper» et «Jewel Throne»). J’avais des problèmes personnels majeurs à cette époque. J’habitais encore à la maison avec mes parents, qui ont commencé à comprendre que mon rêve de devenir un musicien de rock était en train de se réaliser. Ça a créé de très fortes tensions chez moi, parce que mes parents n’étaient pas d’accord du tout avec l’idée. Ce fut vraiment laid. Il faut quand même préciser qu’en 1984, j’avais 16 ans. À la sortie de TO MEGA THERION, j’allais avoir mes 18 ans. Ce fut une période difficile et j’ai dû me retirer momentanément du groupe. Ils m’ont donc remplacé en studio (NDLR : par Dominic Steiner), ce qui n’a pas vraiment bien fonctionné. Mais j’ai quand même été fortement impliqué dans la conception de cet album. Le titre est de moi. L’idée de mettre la peinture de Giger (NDLR : intitulée «Satan». HR Giger est un peintre surréaliste suisse) sur la couverture de l’album était la mienne. J’ai écrit certaines musiques et des textes, dont ceux de «Dawn Of Meggido» et «Necromantical Screams».

Tu viens de parler de la toile de HR Giger qui illustre la pochette de l’album. Ce fut vraiment une idée de génie…

Giger était assez bien connu de la scène métal à l’époque. Il avait remporté un Oscar pour le film «Alien» et tout le monde avait vu cet excellent film. C’était un des films d’horreur ou de science fiction les plus marquants. Pour nous, c’était vraiment prestigieux de pouvoir utiliser son art pour illustrer un album. Il nous avait laissé gratuitement les droits sur cette œuvre à l’époque de Hellhammer. Mais on n’avait pas voulu l’utiliser, parce qu’on ne sentait pas que notre musique en était encore digne. On sentait que l’œuvre d’art était fort supérieure à notre musique. On s’est dit qu’on devrait d’abord améliorer notre musique avant de l’utiliser. Il fallait que notre musique soit à la hauteur de cette œuvre. Et pour nous, il était clair que la musique sur TO MEGA THERION l’était. La seule chose que Giger ne voulait pas, c’était qu’on utilise l’image sur la marchandise commerciale, comme les t-shirts, etc. Mais on pouvait l’utiliser pour faire la promotion de l’album.

En regardant la pochette de cet album, on ne peut s’empêcher d’être nostalgique de l’époque du vinyle, qui offrait tellement de possibilités d’un point de vue artistique.

Tout à fait. C’est aussi mon avis. Voilà une des nombreuses occasions où l’industrie du disque s’est vraiment tirée dans le pied. C’est l’une des raisons pour lesquelles les gens achètent moins de disques de nos jours. Un disque, c’est devenu un simple produit à consommer, en version numérique et digitale. Le format CD n’a certes pas aidé. Plusieurs personnes achèteraient encore des vinyles juste pour le travail artistique de nos jours. C’est beaucoup plus près de la qualité d’une peinture. Je préfère la version vinyle de cet album à celle en CD, et de loin.

On n’a pas travaillé pendant quatre ans pour créer cet album, pour ensuite tourner pendant pratiquement toute une année juste pour laisser tout ça dormir ensuite. L’idée ici, c’est que Celtic Frost est de retour!

Qu’est-ce qui explique selon toi que Celtic Frost ait ainsi explosé au milieu des années 80 sur la scène métal extrême?

Je crois que c’est parce que nous faisions notre propre affaire. Tout comme Slayer et quelques autres groupes à cette époque, on proposait quelque chose de différent de tout ce qui pouvait se faire alors. Nous étions au bon endroit, au bon moment, à créer la bonne musique. Plusieurs facteurs sont entrés en ligne de compte.

Vous avez ensuite sorti mon album préféré de Celtic Frost, INTO THE PANDEMONIUM (Noise, 1987). Déjà à cette époque, il était clair que le groupe n’allait pas faire deux fois le même album. Était-ce intentionnel ou tout simplement naturel?

C’était naturellement intentionnel (rires). On voulait définitivement faire les choses différemment à chaque album, mais sans trop savoir ce que nous voulions vraiment faire. On expérimentait beaucoup et c’est ce qu’on retrouve en partie sur cet album. Par exemple, quand on a commencé à créer «One In Their Pride», on n’avait absolument aucune idée de ce qu’elle allait devenir à la fin du processus. Nous essayions des affaires alors que nous avancions. On découvrait des choses. Nous avons été parmi les premiers à utiliser un clavier avec de l’échantillonnage. C’était un Yamaha avec un taux d’échantillonnage de trois secondes. Peux-tu imaginer cela? Nous avons alors réalisé à quel point il pouvait être difficile de mettre ça sur les rubans et éditer tout ça. Nous n’étions pas à l’ère du numérique et de l’informatique. Il nous fallait un ordinateur et à cette époque, le seul qui possédait une interface midi était l’Atari. Quand nous avons apporté l’échantillonneur et l’ordinateur au studio en Allemagne (NDLR : le même utilisé pour enregistrer MONOTHEIST, à Hanovre), pour les brancher à la console de son… l’ingénieur de son et notre coproducteur nous ont regardé avec un air vraiment ahuri. Ils n’avaient jamais vraiment vu un ordinateur. Les premiers logiciels pour faire du travail en studio sortaient à peine et plusieurs techniciens n’avaient encore jamais travaillé avec ça. On expérimentait donc très librement. Il y a des choses qu’on a simplement essayées pour voir ce que ça donnerait et si on les aimait, ça se retrouvait sur l’album.

Prendre des risques… ça m’amène à ma prochaine question. En 1988, vous avez sorti COLD LAKE (Noise, 1988) tout droit du champ gauche.

Je crois que ça s’explique essentiellement par le fait qu’il ne restait que Tom du noyau original du band. Reed et moi avions quitté. Il avait ramené Steve (Priestley, batterie), qui jouait sur MORBID TALES. Nous ne l’avions pas gardé parce qu’il n’avait jamais voulu s’investir complètement dans le groupe et je crois qu’il avait laissé Tom agir pas mal à sa guise pour COLD LAKE, sans rien n’y apporter sur le plan créatif. Il était un excellent musicien, mais pas un créatif. Les deux autres musiciens écrivaient de la musique abominable. Je crois que le problème était surtout là pour COLD LAKE. L’album comprend des bonnes chansons. Je n’avais pas vraiment de problèmes avec l’image, qui était la décision de Tom. Ça n’aurait pas été MON style, je serais allé totalement à l’opposé. Mais je crois que c’est vraiment au niveau de la composition que cet album a manqué. Nous en avons joué certaines chansons en spectacle lors de la tournée pour VANITY/NEMESIS (Noise, 1990). Mais d’autres chansons sont tout simplement abominables. Je crois que Tom a beaucoup plus de misère avec cet album que moi je peux en avoir. Il faudrait lui demander son avis, mais il a déjà déclaré en plusieurs occasions que COLD LAKE, c’était de la grosse merde. Je crois que ce qu’il a pu réaliser avec cet album, c’est que Celtic Frost n’était pas que son affaire sur le plan créatif, mais la mienne aussi. C’est pourquoi il m’a demandé de revenir pour VANITY/NEMESIS, mais je crois que dans ce cas-ci, j’ai joint le groupe un peu trop tard. La plupart du travail d’écriture était déjà effectué et je n’ai pu qu’apporter une faible contribution. Et je ne l’ai pas vraiment fait correctement, parce que je vivais beaucoup d’insécurité à l’époque. J’ai eu du mal à m’investir dans cet album, que je trouve quand même correct, mais il y avait encore des faiblesses au niveau de l’écriture. Tom et Curt (Bryant, guitare) n’ont pas été assez aventureux. Ils avaient tellement peur de manquer leur coup à nouveau comme sur COLD LAKE, qu’ils ne voulaient plus prendre de risques. La production faisait aussi défaut. Je crois que c’est un bon album métal, mais qui n’a pas vieilli aussi bien que TO MEGA THERION ou INTO THE PANDEMONIUM. Je crois que «Phallic Tantrum» et «Third From The Sun» étaient de bonnes chansons et on pourrait les jouer aujourd’hui avec d’autres chansons comme «Return To The Eve» sans problème.

Je crois que ce que Tom a pu réaliser avec COLD LAKE, c’est que Celtic Frost n’était pas que son affaire sur le plan créatif, mais la mienne aussi.

Et qu’est-ce qui a finalement mené à la séparation de Celtic Frost, en 1990?

Nous étions complètement vidés. Nous étions épuisés en tant que groupe. On ne parvenait plus à recréer l’unité au sein du groupe sur le plan créatif. Nous avons essayé avec VANITY/NEMESIS, mais sans succès. On la jouait trop «safe» et une des raisons pour ça, c’est qu’on ne jouait plus vraiment ensemble. Il n’y avait plus suffisamment de frictions entre nous. Tom voulait faire des choses différentes. Pour ma part, j’avais besoin de temps pour me retrouver et savoir ce que je voulais faire de ma vie. C’est la raison pour laquelle on a tout arrêté. En 1992, Tom a essayé de relancer Celtic Frost avec Curt et Reed. Ils ont fait des démos. Mais il en était arrivé à la conclusion que ça n’allait pas marcher, alors il a mis tout ça de côté.

Pendant cet arrêt, Tom a travaillé à son projet Apollyun Sun?

Oui. Il a sorti deux albums avec Apollyun Sun. Il s’est aussi penché sur l’écriture d’un livre sur ses souvenirs de Celtic Frost, intitulé «Are You Morbid?» Pour ma part, après avoir passé une couple d’années à me chercher, j’ai lancé des entreprises. J’ai organisé des concerts à Zurich. J’ai eu des clubs. J’ai dû organiser quoi… entre 400 et 500 shows à Zurich en dix ans? Pas nécessairement du métal, mais beaucoup de punk, du hardcore, du crossover et du rock n’ roll garage.

Quand et comment l’idée de reformer Celtic Frost vous est-elle venue?

C’est une idée qui nous a toujours trotté derrière la tête. On se demandait toujours comment les choses iraient aujourd’hui, ou pourquoi Celtic Frost avait foiré… parce que ce fut une partie importante de nos vies pendant notre jeunesse. En 1999, nous avons été approchés par notre ancienne compagnie de disque pour travailler à la réédition de nos vieux albums. Tom et moi nous sommes retrouvés et on s’est à nouveau demandé à quoi ressemblerait Celtic Frost de nos jours. Serait-il seulement possible de relancer le groupe? S’agissait-il de quelque chose qui était propre à une époque et qu’on ne pourrait faire revivre? Il nous est alors apparu clairement que le feu brûlait toujours et qu’il n’en tenait qu’à nous, si on voulait raviver la flamme.

Alors, vous vous êtes assis et vous avez composé le matériel pour un nouvel album?

On a commencé par s’asseoir et discuter. Et pour un bout de temps en plus. Ensuite on a commencé à écrire et à jouer de la musique. Puis, on a cherché les bons musiciens pour ce faire. D’abord, on a cru qu’on pourrait le faire avec Reed, mais ça n’a pas fonctionné pour différentes raisons. Le timing n’était pas bon pour lui. Nous avons déniché Franco (Sesa, batterie), puis Errol (Unala, guitare) que Tom avait apporté de Apollyun Sun. Mais plus Celtic Frost prenait forme, plus on se rendait compte que Errol n’était peut-être pas la personne idéale finalement. Je crois que Errol a aussi réalisé la même chose, mais ce fut néanmoins difficile de le laisser aller parce que nous avions travaillé avec lui pendant trois ans. Il n’a pas fallu quatre ans pour écrire des chansons, mais bien pour former à nouveau un groupe et ensuite écrire des chansons.

Quel fut le processus de création, justement?

Nous avons pris une approche très libérale, encore plus que pour INTO THE PANDEMONIUM. On a œuvré avec tous les moyens possibles. Des chansons ont commencé par seulement une ligne de chant, sur laquelle on a ensuite développé une harmonie à la guitare et qui est devenue «A Dying God Coming into Human Flesh». D’autres chansons ont pu être écrites au clavier, ou à l’ordinateur, puis retranscrites pour chaque instrument, où elles ont ensuite vraiment pris forme. C’est comme ça qu’on a composé «Ground» par exemple. Nous étions donc complètement ouverts dans notre approche et nous avons pris notre temps. Nous avons réécrit des chansons trois ou quatre fois. Et on n’ajoutait pas des choses, mais on n’en enlevait. Nous avons réalisé que moins, c’est mieux (NDLR : «Less is more»). C’est devenu notre maxime, notre credo. On s’est dit qu’il fallait ramener les choses à leur essence même. Distillons le tout et essayons de découvrir ce qu’est vraiment l’essence de cette chanson. Quelle est l’émotion qu’elle contient, et y mettre l’accent. Plus de notes ne font pas nécessairement une meilleure chanson.

Et je crois bien que émotion est un mot clé pour Celtic Frost, n’est-ce pas? Particulièrement sur MONOTHEIST…

Tout à fait. En fait, je pense que chaque album de Celtic Frost qui était vraiment bon et qui s’est avéré durable, c’était ceux qui étaient personnels et émotionnels. Les vieux albums qui avaient vraiment une partie de nous dans leur musique. Nous avons constaté que VANITY/NEMESIS était un bon album, mais qui n’avait pas vraiment cette dimension émotionnelle. Cet album a été créé davantage sur une base intellectuelle que émotionnelle. Comment cet album devrait-il sonner? Que devrions-nous faire à ce moment-ci? Blah, blah, blah, tu sais? Avec MONOTHEIST, ce sont les émotions qui ont primé. Quand nous avons débuté, nous n’avions pas de compagnie de disque. On l’a fait à nos frais et ça ne regardait que nous. Après une journée de travail, on allait au local de répétition et on écrivait des chansons tout en essayant de redevenir un groupe. Il y avait beaucoup d’émotions dans ce processus. Nous avons rencontré plusieurs difficultés, des problèmes personnels… plusieurs squelettes sont sortis des placards pendant la création, en lien avec nos relations, entre Tom et moi par exemple… tout ça s’est manifesté dans notre musique sur cet album. Je crois que c’est certes l’album le plus sombre et le plus personnel que ce groupe n’a jamais produit.

J’imagine que les textes sont aussi reliés à toutes ces émotions…

Pour la plupart, oui. Certaines à un niveau plus personnel et d’autres, à un niveau disons plus abstrait. Je crois que c’est d’ailleurs, à cet effet, l’album le plus intime que le groupe n’a jamais écrit.

Où vouliez-vous en venir musicalement avec cet album? Parce qu’à l’écoute, on sent bien que vous allez dans plus d’une direction.

On n’a rien fait de vraiment conscient. Quand on a commencé à travailler sur l’album en 2001, on a juste écrit les choses qui nous venaient à l’esprit. On a écrit du matériel pour deux albums et demi, peut-être trois, pendant ces quatre ou cinq ans. Nous avons dû jeter au moins 20 chansons, particulièrement ce qui est sorti des deux premières années. Nous avons écrit 13 chansons que nous avons finalement laissé tomber. Des idées que Tom et Errol ont apportées et qu’ils avaient peut-être déjà avec Apollyun Sun, mais qui ne fittaient pas avec leur projet. Il y avait des idées que je trimbalais depuis des années et qui n’étaient finalement pas adéquates pour Celtic Frost. C’était de bonnes idées, qui feraient peut-être de bonnes chansons, mais qui n’auraient sans doute pas marché pour Celtic Frost. Nous avons découvert que plus nous écrivions, plus on découvrait le véritable propos de ce groupe de nos jours. On réalisait en même temps qu’on voulait une certaine variété sur l’album. Une sorte de paysage émotionnel. Un reflet de nos vies et non l’expression d’une seule émotion. La vie humaine contient son lot d’émotions différentes et c’est ce qu’on voulait reproduire. Il nous a fallu quatre ans pour refaire ce groupe et créer un album. Normalement, en quatre ans, un groupe de heavy métal va produire trois albums et faire quatre tournées. Ça démontre un peu l’ampleur du processus. On te ferait entendre certaines chansons et jamais, tu ne devinerais qu’il s’agit de Celtic Frost. Par moment, nous étions particulièrement expérimentaux. Certaines d’entre elles ont bien failli se rendre sur l’album. On s’est dit qu’on devrait peut-être les inclure, mais bon, finalement, elles ne faisaient tout simplement pas l’affaire. Nous avons toutefois inclus une de ces chansons en tant que bonus sur la version en vinyle de l’album, intitulé «Incantation Against You». As-tu déjà entendu cette chanson? (Non.) OK. C’est la première chanson entièrement a capella de Celtic Frost. Il y a un chœur masculin en appui à une chanteuse (NDLR : Simone Vollenweider, qui a souvent chanté en studio pour CF) qui interprète un texte inspiré d’écrits mésopotamiens sur les rituels du bannissement et du «Maklu», un texte tiré du Necronomicon que nous avons traduit en anglais. C’était strictement une expérience, quelque chose de complètement différent, et nous l’avons inclus comme chanson bonus parce qu’on ne sentait pas qu’elle pouvait aller sur le CD. Nous avons aussi écarté d’autre matériel comme cela. L’album fait quoi? 73 minutes? C’était déjà assez long.

L’album est paru sur Century Media. Vous n’avez pas dû avoir beaucoup de mal à trouver une maison de disque pour sortir MONOTHEIST…

En fait, c’est une licence pour le monde entier. Nous avons tout financé pour pouvoir tout faire par nous-mêmes. Nous avons embauché et payé Peter Tagtgren. Tout le processus créatif a été réalisé à nos frais, selon nos propres termes. On ne voulait surtout rien donner à l’industrie du disque. Il y avait beaucoup d’intérêt de la part de compagnies de disque, surtout celles spécialisées dans le métal, évidemment, et plusieurs d’entre elles voulaient tout avoir. Nous sommes déjà passés par là et ça ne nous intéressait pas du tout de revivre ça. Ou bien vous acceptez de travailler avec nous en tant que partenaires, ou on ne travaillera pas ensemble. Et ça a très bien fonctionné avec Century Media.

Vous avez choisi Peter Tagtgren pour cet album et il a fait tout un travail ici. Pourquoi l’avez-vous recruté et surtout, lui a-t-il fallu plus d’une seconde pour accepter?

Il est venu en Suisse, à Zurich, après une tournée américaine. Nous nous sommes assis ensemble au local de répétition. Nous lui avons fait entendre tout le matériel que nous avions, les démos, etc. Nous avons parlé de l’album et il a finalement accepté. Il voulait d’abord savoir dans quelle direction Celtic Frost s’en allait… ce qui était d’ailleurs une question sur toutes les lèvres. Avec Celtic Frost, ce n’est pas comme avec Motörhead. Je veux dire, tu sais toujours à quoi t’attendre avec Motörhead, mais pas avec Celtic Frost. En fait, tu sais que tu n’auras pas ce à quoi tu pourrais t’attendre. Quand il a entendu le matériel, il a accepté le job. Nous l’avions choisi parce qu’on voulait quelqu’un qui réalisait d’où on venait et ce qu’est Celtic Frost dans l’univers métal. Peter a grandi en écoutant du Celtic Frost. C’était un des groupes avec lesquels il a appris à jouer de la guitare et qui l’a inspiré pour la musique qu’il a créée avec Hypocrisy. On voulait quelqu’un qui était aussi un créatif, et non un simple technicien, producteur ou ingénieur. Quelqu’un qui sait à quel point le processus créatif peut être exigeant et difficile. On savait qu’on allait vivre beaucoup de catharsis en studio et qu’il y aurait beaucoup d’émotions. Ça n’allait pas être un enregistrement facile ou joyeux. Et je crois que ça transparaît dans la musique sur l’album. Il nous fallait donc quelqu’un capable de nous aider à traverser tout ça dans le studio. Peter s’est avéré le choix parfait. Ah oui, il fallait aussi un producteur accompli, capable de travailler avec tout l’équipement moderne qu’on retrouve aujourd’hui dans un studio. Peter a apporté tout ce dont nous avions besoin. Je crois qu’il n’a pas été facile de travailler avec nous, mais qu’il aime lui aussi le résultat final.

Tu as dit que personne ne savait vraiment à quoi s’attendre d’un nouvel album de Celtic Frost. Vous deviez savoir que des fans old school allaient détester l’album, peu importe ce que vous alliez sortir, et crier au sacrilège. Est-ce un poids insupportable que de devoir vivre à la hauteur de sa propre légende, ou bien vous n’en aviez rien à foutre?

On s’en foutait éperdument. On a essayé de laisser notre héritage intact en évitant justement de copier bêtement ce que nous avions fait à l’époque. L’idée de sonner comme TO MEGA THERION ou MORBID TALES, ou encore d’être aussi avant-gardistes que sur INTO THE PANDEMONIUM ne nous a même pas effleuré l’esprit. Ce sont des temps nouveaux. On ne peut plus être aussi innovateurs que nous avions pu l’être à l’époque. Il n’y avait rien dans ce temps-là! Aujourd’hui, il existe tellement de genres, de sous-genres et de niches dans ces sous-genres… et de groupes qui ont pratiquement tout expérimenté sur le plan musical. Ce serait vraiment difficile. Certains ont expérimenté avec les instruments médiévaux, d’autres ont ajouté de l’électronique. La musique métal, en ce moment, est aussi diversifiée qu’elle ne l’a jamais été. On retrouve une foule d’influences, que ce soit le punk, le hardcore, la musique classique… regarde Therion par exemple, avec ses orchestrations classiques. Donc, tout a été fait ou presque. On s’est dit qu’on n’avait même pas à essayer de refaire tout ça. On fait ce qui nous apparaît important pour nous, maintenant. C’est l’une des raisons qui nous ont poussés à créer, plutôt que de partir en tournée pour faire nos bons vieux hits et ainsi créer des attentes pour que le prochain album sonne comme une suite à TO MEGA THERION par exemple.

Tu as parlé de Reed St. Mark plus tôt. Il aurait pu rejoindre le projet, mais ce n’est pas arrivé. C’est la même chose pour Steve?

Nous n’avons jamais considéré Steve, parce qu’on savait qu’il ne serait pas vraiment intéressé. On veut se consacrer à 100% à ceci, à temps plein, et nous avons trouvé la personne idéale pour ce faire avec Franco. Il nous a fallu un peu de temps pour créer l’unité dans le groupe, mais là je pense que Franco est davantage un membre de Celtic Frost que tous les autres, à l’exception évidemment de Tom et moi, et peut-être aussi de Reed. Mais Franco prend son rôle plus à cœur au sein du groupe que Reed ne l’a jamais fait. C’est l’une des raisons qui expliquent que Celtic Frost est de retour parmi les vivants!

Vous serez à Montréal le 16 septembre. Ça fait quoi de remettre les pieds dans cette ville où vous avez pris part au légendaire Festival World War III…

C’était notre premier concert en sol nord-américain et quel spectacle ce fut. Les festivals métal étaient à peu près inexistants à cette époque. Jouer avec Possessed, Voivod, Destruction et Nasty Savage… c’était assez unique comme expérience. On avait passé du bon temps à Montréal, avec les gars de Voivod et Agression. Je garde d’excellents souvenirs de cet événement. Nous sommes ensuite partis pour les États-Unis pour une première tournée avec Voivod. Alors, j’ai été «entouré par Montréal» pendant des mois (rires).

Vous avez bien connu Piggy. Comment aviez-vous réagi à l’annonce de son décès?

Nous étions en studio quand c’est arrivé. Je fus très triste quand j’ai entendu la nouvelle, bien que je m’y préparais. On connaissait son état de santé. On savait qu’il combattait la maladie. Mais c’est toujours triste de perdre un bon musicien, qui était aussi un bel être humain qu’on a bien connu. Ça nous rappelle en même temps à quel point nous sommes petits et futiles dans cet univers. Piggy a créé de l’excellente musique et je crois qu’il a influencé plusieurs bons musiciens au fil des ans. Son patrimoine va subsister. Je suis curieux de voir comment le restant du groupe va poursuivre sans lui. Je ne crois pas que Snake et Away vont tout laisser tomber.

As-tu entendu le nouvel album?

KATORZ (The End, 2006)? Non, pas encore. Je l’ai commandé, mais je ne l’ai pas encore reçu. J’ai bien hâte d’entendre ça.

Revenons à la tournée. Quel type de setlist avez-vous concocté? Le choix n’a pas dû être facile… allez vous pousser davantage vos classiques ou les chansons du nouvel album?

On a pratiqué en «quarts». Le setlist devrait être un quart MORBID TALES, un quart TO MEGA THERION, un quart INTO THE PANDEMONIUM et un quart MONOTHEIST. C’est ce que les gens vont entendre durant cette tournée. Nous avons pratiqué plus de 110 minutes de matériel et on va en jouer de 80 à 90 minutes, ce qui nous laisse un peu de marge de manœuvre pour ne pas faire continuellement le même show. Des chansons clés seront évidemment de tous les sets. Pour cette tournée, nous allons nous concentrer davantage sur les classiques que nous ne le ferions normalement avec un nouvel album qui vient de paraître. Plusieurs personnes n’ont jamais vu/entendu «Circle Of The Tyrants» en concert. Même les gens qui nous ont vus en 1986 ou 1987 n’ont probablement jamais vu «Dawn Of Megiddo» ou «Necromantical Screams». Certaines chansons seront définitivement jouées pour la première fois en Amérique du Nord.

Oui, car ce sera votre première tournée ici en quoi, 16 ou 17 ans?

18 ans, en fait, si mes calculs sont exacts. C’est beaucoup de temps. Des gens qui seront au spectacle n’étaient même pas nés lors de notre dernière tournée chez vous. Nous ferons ensuite une tournée européenne.

Est-ce que tu sais si Apollyun Sun est toujours un groupe actif?

Non, je ne le crois pas en ce moment. Tom pourrait te dire qu’ils ne sont pas actifs et qu’ils ne le seront pas pour un petit bout. Et la séparation qu’on a vécue avec Errol risque de compliquer les choses. Lui et Tom devront s’asseoir ensemble et régler des affaires avant toute chose. Même si la séparation s’est faite à l’amiable, ces choses prennent du temps à se résorber. Néanmoins, Tom travaille sur du matériel solo… des choses qui n’ont rien à voir avec Celtic Frost. Non, attends, en fait ça l’a un peu à voir avec Celtic Frost, parce que ça sonne comme du Celtic Frost électronique et non du Apollyun Sun. Mais ça ne pourrait pas se retrouver sur album de Celtic Frost. Peut-être qu’on pourra entendre ce matériel dans quelques années, parce que pour le moment, notre centre d’intérêt à tous, c’est Celtic Frost.

Je dois comprendre que vous prévoyez faire un autre album?

Oui, absolument. On y travaille déjà. On écrit tous du matériel et on réunit des idées. Ça ne prendra pas un autre quatre ans pour produire le prochain album. On aimerait vraiment l’enregistrer dans la prochaine année, autant que possible, après les tournées. À ce jour, MONOTHEIST connaît un bon succès et on reçoit de nouvelles offres de tournée. Après les États-Unis, nous devrions aller en Amérique du Sud. Il y a aussi des discussions pour une tournée japonaise. En février et mars, nous ferons une tournée européenne. On verra ensuite dans quel état sera le groupe. Mais on n’a pas travaillé pendant quatre ans pour créer cet album, pour ensuite tourner pendant pratiquement toute une année juste pour laisser tout ça dormir ensuite. L’idée ici, c’est que Celtic Frost est de retour! Mais bon, nous sommes tous suffisamment vieux et matures pour savoir qu’on ne peut prédire l’avenir (rires).

Le livre «Are you morbid?» sera-t-il réédité? Ou aura-t-il une suite? (Autre question de Tower)

Tom a été approché. Et je crois qu’il aimerait bien prendre le temps de le mettre à jour et modifier des petites choses que l’éditeur précédent avait faites et qu’il n’aimait pas. Il n’y a pas d’échéancier toutefois. Je crois que ça viendra. Il n’a juste pas vraiment de temps à y consacrer pour le moment.

Vos roadies du début ont plutôt bien fait, dans les années 80 et 90, en formant le groupe de thrash technique Coroner. As-tu gardé le contact avec ces mecs?

Oui. En fait, je viens de rencontrer Tommy, le guitariste, la semaine dernière. Il a son propre studio ici en Suisse. Je rencontre aussi Marky de temps à autre.

Ce groupe a véritablement marqué la scène thrash à l’époque… Je sais qu’ils ont de grands fans ici au Québec. Prévoient-ils se réunir un jour?

Ils ont beaucoup de fans partout dans le monde. Mais non, ça ne fait pas partie de leurs plans. Tommy est très occupé avec le studio. Il y a investi beaucoup d’argent et il doit s’assurer que ça roule. Il y travaille beaucoup et il ne joue qu’un peu de guitare. Le connaissant, s’il voulait vraiment ramener Coroner, il voudrait se concentrer vraiment beaucoup sur la guitare. Même chose pour Marky, qui n’y montre de toute façon aucun intérêt réel. C’est du moins ce qu’ils m’ont dit.

Vous avez influencé tellement de groupes, que ce soit du death, du black ou du gothic métal. Ça doit être assez flatteur.

Oui, vraiment. Nous en sommes honorés. On réalise que c’est l’une des raisons pour lesquels Celtic Frost est toujours là et qu’on peut revenir 15 ans plus tard avec un nouvel album.

Y a-t-il un groupe dont tu as l’impression qu’il a fait le meilleur usage de cette influence?

Je crois que pour chaque groupe que j’ai écouté et qui se disait influencé par Celtic Frost, je n’y entendais rien qui nous ressemblait. Mais dans le fond, c’est à ça que devrait servir l’inspiration. Être inspiré par quelque chose pour créer sa propre affaire. Quand j’écoute du Nirvana ou du Sepultura ou encore du Opeth, je me dis : «OK, ces gars-là ont compris ce que Celtic Frost signifiait». C’est de créer ta propre affaire. C’est la chose qui a dû inspirer le plus les gens.

Comment trouves-tu la scène du métal extrême de nos jours?

Ça va bien. On retrouve vraiment beaucoup de variété aujourd’hui. Outre le black, le death et le doom, il y a aussi de l’électronique, des projets de musique extrême qu’on n’oserait pas toujours qualifier de métal, mais ça demeure de la musique intéressante. Nous venons de jouer avec un groupe de Montréal, Cryptopsy, à Londres, la semaine dernière, et c’est un groupe très impressionnant. Techniquement, ils sont vraiment excellents. Chacun de ces gars-là est meilleur techniquement que tous les musiciens de Celtic Frost réunis ne le seront jamais (rires). On n’a jamais été un groupe technique de toute façon. Les émotions et les atmosphères ont toujours primé pour nous. J’admire aussi Nile pour les mêmes raisons. J’aime tout le mouvement prog, si on peut considérer un groupe comme Mastodon comme étant du prog. Ça fait aussi partie de la scène métal extrême, même si ça se trouve peut-être de l’autre côté du spectre. Quand Opeth passent du folk au death métal, ils créent vraiment quelque chose de nouveau. Mike Akerfeld et son groupe créent vraiment une musique unique. Le métal est généralement beaucoup plus diversifié que ce que les gens peuvent penser.

J’en déduis que tu écoutes encore pas mal de métal…

Oui. Je n’ai jamais vraiment cessé. Il y a eu des moments où j’ai aussi écouté des choses très différentes. Mais j’ai toujours essayé de me tenir au courant de ce qui se passait dans la scène métal. Il y a des choses que je trouve intéressantes, alors que d’autres me laissent indifférent. Par exemple, tout ce qui a rapport au power métal ne me touche pas du tout. Iron Maiden et Judas Priest, ok, pas de problème, même Manowar au début. Je veux dire, les gars sont bien corrects et si les gens aiment ça, tant mieux, mais ne venez pas m’achaler avec ça (rires). Ce n’est pas MON métal. Il y a tellement de métal qui m’intéresse toutefois, comme tout le mouvement doom. C’est pour ça qu’on a demandé à Sunn0))) de nous accompagner pour une partie de notre tournée américaine sur la côte ouest. On vient de rencontrer Lee Dorian, de Cathedral, à Londres, qui a son label Rise Above avec des groupes comme Electric Wizard. Je les considère comme du métal extrême, même s’ils ne jouent pas extrêmement vite.

Que penses-tu de tous ces groupes des années 80 qui sont de retour? Évidemment, Celtic Frost en fait partie, mais as-tu une opinion sur le sujet en général?

En fait, j’ai plusieurs opinions, une pour chaque groupe qui l’a fait. Ils sont tous uniques. Certains groupes reviennent juste pour le plaisir de se retrouver et veulent revivre une certaine gloire… se sentir à nouveau comme s’ils avaient 20 ans. Pourquoi pas? Il y en a d’autres dont on réalise qu’ils reviennent juste pour l’opportunité de faire un coup d’argent. Certains obtiennent de bons montants pour jouer dans les festivals en Europe. Enfin, d’autres le font pour l’amour de la musique. S’ils veulent sonner comme le bon vieux temps ou moderniser leur son, ça les regarde. Mais la principale raison pourquoi on assiste à ça présentement, c’est que la scène métal est vivante et forte et il existe une demande. La scène métal est très consciente de son passé, de ses origines, et je crois que c’est un compliment aux gens qui ont bâti cette scène. On a des jeunes de 16 ans qui ont des albums de Black Sabbath à la maison… ou à tout le moins, qui ont téléchargé des albums de Black Sabbath (rires). Mais ils connaissent le riff de «Sabbath Bloody Sabbath». Ils savent que sans Black Sabbath, il n’y aurait jamais eu de black métal. Si tu dis «Black Metal», ils vont savoir que c’est une chanson de Venom. Et je ne crois pas que l’on voit ça dans les autres genres musicaux. Et en fin de compte, tu ne peux pas tromper les fans bien longtemps. Si c’est juste pour l’argent, mais que les gars font vraiment un bon show, ça va. Mais s’ils le font et qu’ils ne l’ont pas, ça va planter.

La question qui tue (gracieuseté de Tower)! As-tu déjà entendu la chanson «Celtic Frosted Flakes» du deuxième album de SOD, sorti en 1999?

(rires) Oui. Je l’ai entendue live quand ils ont fait la tournée pour supporter cet album. J’ai alors rencontré les gars, parce qu’ils sont tous de bons amis. J’ai produit un show de MOD (NDLR : autre projet de Billy Milano, chanteur de SOD) dans un de mes bars. Je crois que c’était leur premier en Suisse. Anyway, quand ils ont joué la toune, je leur ai dit que s’ils ne nous la dédiaient pas, j’allais leur entrer l’album dans le derrière (NDLR : «shove that album up your ass»). C’était la moindre des choses, il me semble! Cela dit, je la trouve bien drôle. J’aime ce genre d’humour.

Celtic Frost (2006)

Tom G. Warrior (Thomas Gabriel Fischer), voix et guitare
Martin Eric Ain, basse
Franco Sesa, batterie

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Metal Archives

Les Top 5 de l’Automne 2005 (ARSENIC #2)

Publié : 18 juillet 2013 dans ARSENIC #2
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La couverture d’ARSENIC #2

Certains s’en rappelleront, dans les premières éditions d’ARSENIC, on publiait le Top 5 de nos collaborateurs au numéro en question. J’avais complètement oublié pour ma part, alors ce fut une agréable découverte en fouillant les fichiers pour préparer mon retour. Voici donc ceux de l’édition #2, parue à l’automne 2005. Que de souvenirs!

Les Tops

POFOCOUTE CAMPBELL, COLLABORATEUR
CRYPTOPSY – Once Was Not
ION DISSONANCE – Solace
KATAKLYSM – Temple Of Knowledge
MEGADETH – Rust In Piece
BENEATH THE MASSACRE – Evidence Of Inequity

SAM, COLLABORATEUR
BENEATH THE MASSACRE – Evidence Of Inequity
ONDSKAPT – Draco Sit Mihi Dux
BLOT MINE – Ashcloud
CROMLECH – The Vulture Tones
DEFEATED SANITY – Prelude To The Tragedy

PSYKODORK, ÉDITEUR
CRYPTOPSY – Once Was Not
ION DISSONANCE – Solace
NEURAXIS – Trilateral Progression
VORTEX – Imminence Of Death
HYPOCRISY – Virus

ZEF, COLLABORATEUR
DESPISED ICON – The Healing Process
HYPOCRISY – Virus
CAMILLA RHODES – Like The Word Love…
FISTFUCK / ABERRHANT – Split CD
MASTODON – Leviathan

TOWER, COLLABORATEUR
DREAM THEATER – Octavarium
NEURAXIS – Trilateral Progression
DREAM THEATER – Six degrees of Inner Turbulence
AM I BLOOD – Agitation
VOIVOD – Nothingface

CHRISTINE FORTIER, COLLABORATRICE
BETWEEN THE BURIED AND ME – Alaska
HYPOCRISY – Virus
VORTEX – Imminence Of Death
HATESPHERE – The Sickness Within
LENG TCH’E – The Process Of Elimination

SÉBASTIEN AUDET, COLLABORATEUR
DARKANE – Layer of lies
NAGLFAR – Pariah
ABORTED – Goremageddon
HYPOCRISY – The Arrival
NECROPHAGIST – Epitaph

DAN DONAHUE, COLLABORATEUR
JOURNEY – Greatest Hits
NOFX – Punk In Drublic
NEURAXIS – Trilateral Progression
THE BEATLES – Abbey Road
RUMPELSTILTSKIN GRINDER – Buried In The Front Yard

ARSENIC renaît de ses cendres…

Publié : 17 juillet 2013 dans Général

J’avais un peu annoncé mes couleurs sur les médias sociaux récemment. Eh oui, ARSENIC renaît de ses cendres.

Pour ceux qui ne le savent pas, ARSENIC fut un fanzine québécois de métal extrême pendant cinq ans, de 2005 à 2010, et presqu’entièrement conçu en Abitibi. En tout, 12 numéros ont été publiés (et ils sont toujours disponibles via IF Merch) et un 13e était en préparation quand j’ai décidé de tirer la plogue définitivement, n’ayant plus le temps ni les moyens financiers de poursuivre l’aventure.

Rapidement, Arsenic s’est fait un nom pour la qualité de ses entrevues, de ses photographies et son aspect graphique, grâce aux artisans qui ont contribué bénévolement à sa réalisation, dont Geneviève Dumont pour le graphisme et des photographes tels Renaud Sakelaris, Marc Bizouard (Capitale du métal), Pierre Gauthier (Capitale du métal) et Patryk Pigeon (Musik Universe). De nombreux collaborateurs ont aussi rédigé des articles, réalisé des entrevues et recensé des albums, dont Christine Fortier (Voir) , Sylvain Tower Latour (Extreme Radiophobia) et Ian Campbell (Extreme Radiophobia), pour ne nommer que ceux-là.

Ce blogue marque en quelque sorte le retour d’ARSENIC. Je reprends le collier avec une version light du fanzine. J’y publierai notamment mes entrevues des 12 premières éditions (je vais devoir retranscrire celles du 1er numéro, j’en ai perdu les fichiers Word), celles réalisées pour 13e (Marduk, Nile, Priestess, Barn Burner, Bison BC, Slaotvean, Miserere Luminis, Black Dahlia Murder) qui n’a jamais vu le jour, d’autres entrevues jamais publiées et, enfin, de nouvelles entrevues. L’objectif est donc de redonner vie à ces vieilles entrevues, qui n’avaient jamais été mises en ligne sur Internet. Évidemment, je veux aussi contribuer de nouvelles entrevues, en y injectant comme par le passé mon expérience journalistique (je suis journaliste dans la vie de tous les jours à l’Abitibi Express) et mes 25+ années d’écoute de métal sous toutes ses formes.

J’ignore pour le moment quelle allure tout ça prendra. J’ai bien l’intention de maximiser l’utilisation des réseaux sociaux, via les comptes Facebook et Twitter d’ARSENIC, qui sont demeurés actifs, et je vous invite aussi fortement à vous abonner au lien RSS du blogue pour être informé des mises à jour. J’ignore jusqu’à quel point je serai en mesure de faire des mises à jour constantes, mais je vais vraiment faire mon possible à travers mon horaire pour le moins occupé.

Pour l’aspect visuel, ce sera au minimum, n’ayant plus l’équipement nécessaire pour faire des photos de spectacles comme je l’ai déjà eu, ni le talent ou la patience de travailler sur l’aspect graphique du site. J’ai surtout l’intention de me concentrer sur les entrevues. Pas de recensions d’albums, pas de métal niouzes, pas de show reviews, peut-être des éditos à l’occasion et du blogue plus traditionnel, mais je veux surtout faire des entrevues. Pour les autres choses, il y a des sites qui le font déjà très bien, dont Capitale du métal, Musik Universe et Brutal Boulevard pour ne nommer que ceux-là. Comme dans le temps, je vais profiter du passage en Abitibi des groupes québécois, canadiens et internationaux.

Bon, assez bavardé. Au travail maintenant! J’espère sincèrement que vous apprécierez de nouveau mon travail, que vous commenterez les entrevues et que vous partagerez l’information dans vos réseaux 🙂

À bientôt!

Martin Guindon
Éditeur
psykobaye@yahoo.com