Archives de août, 2013

piggyVous me pardonnerez mon manque de timing, cet article devait être en ligne hier soir, et j’ai finalement eu un contretemps. Je me reprends ce soir. Hier, on soulignait sur les réseaux sociaux le 8e anniversaire du décès de Denis «Piggy» D’Amour, guitariste fort respecté du légendaire groupe québécois Voïvod. Un musicien qui en a inspiré bien d’autres. Un musicien qui a su créer sa propre signature (ce n’est pas peu dire de nos jours). Un musicien qui a marqué son temps et ses contemporains. Plusieurs le citent encore aujourd’hui comme une référence dans le genre. Pour ma part, je ne répéterai que ce que j’ai toujours répété: j’ai vu Voïvod plusieurs fois en show et même s’ils n’avaient qu’un guitariste, j’avais toujours l’impression en les écoutant live qu’ils étaient plusieurs. Il avait cette capacité à prendre tout l’espace sonore que devaient prendre les guitares. Et ceux qui l’ont connu [je ne suis pas l’un d’eux, je ne l’ai rencontré que deux fois, très brièvement] n’en disent que du bien. Je vous laisse donc avec cet hommage posthume qu’avait commis notre collaborateur Sylvain «Tower» Latour pour notre #2, paru à l’Automne 2005.

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Le 26 août dernier, peu avant minuit, un des membres originaux de Voivod, le guitariste Denis D’Amour surnommé «Piggy», est décédé à l’âge de 45 ans des suites de complications dues à un cancer du côlon. Celui-ci aura eu raison de ce musicien d’avant-garde qui avait pourtant déjà remporté une bataille contre une tumeur maligne au cerveau causant l’annulation en 1988 d’une tournée américaine avec Testament et Vio-lence durant le chapitre Dimension Hatross. Les funérailles ont eu lieu à Jonquière, le 2 septembre suivant, où une guitare a été brûlée symboliquement.

Par Tower

Un départ qui fait réfléchir, comme à chaque fois qu’une quasi-légende du monde musical underground s’éteint et quitte sa forme terrestre. On aurait pourtant tendance à croire un peu naïvement en l’invincibilité à long terme d’un Chuck (Death), d’un Quorthon (Bathory) ou encore d’un Dimebag (Pantera), des pionniers qui, bien que par leur accomplissement en tant que terriens créateurs, soient sujets pour une horde de fanatiques et d’observateurs à l’immortalité au sens figuré.

Je suis convaincu que bien des gens de la région de Chicoutimi/Jonquière ne donnaient pas cher de la peau des protagonistes de la bande à Snake Bélanger, il y a une vingtaine d’années déjà, alors qu’ils prenaient la route pour la première fois pour aller faire entendre leur «bruit», une fusion d’éléments sonores qui semblait avoir été créée dans un laboratoire souterrain par de machiavéliques stratèges de guerre post-nucléaire. Le «Voivod» était né, et personne n’aurait cru que son exploration aura été aussi longue et palpitante, comme le matériel artistique qui a véhiculé son aventure, autant au niveau musical que conceptuel; une évolution dans laquelle Denis D’Amour aura joué un rôle de premier plan.

D’amour et de musique! C’est pour cela qu’il aura vécu. L’amplitude de ses goûts musicaux (de Rush à Venom en passant par King Crimson et Pink Floyd) aura influencé son aptitude à créer des assemblages d’accords particulièrement recherchés, et une structure musicale inattendue d’un album à l’autre. Un défi en ce qui concerne l’univers de Voivod, d’évoluer au niveau sonore dans la même mesure que le personnage (tout comme le Eddie de Iron Maiden) qui se perfectionnait (ou régressait) à chaque étape. Sa signature aura influencé une génération de groupes émergeant dans les années 90, notamment les Sepultura, Fear Factory et bien d’autres.

Piggy (que je décrirais comme une version thrash métal de Alex Lifeson de Rush) fut décrit personnellement comme quelqu’un de relativement privé, mais facile d’accès, dans le sens non-vedette de la chose. Alors que je faisais ma première couverture pour le fanzine Extreme Radiophobia, j’ai rencontré le guitariste pour la première fois à l’arrière-scène lors de la tournée Polliwog, le 12 juillet 1999 à Rouyn, juste avant leur 2e prestation en 10 ans dans ce périmètre. C’est en lui montrant une vieille carte d’affaires de Johnny Hart, gérant de Aggression de Montréal, au milieu des années 80, qu’il s’est rappelé non seulement de l’item en question, mais fait mention d’une «boîte à souvenirs» qu’il aimait redécouvrir au grenier de temps à autre, lui rappelant toutes sortes de choses se rapportant à son passé. Quatre mois plus tard, je le revis au concert de SOD aux Foufounes à Montréal, redevenu un kid nostalgique des 80’s pour l’occasion, au même titre que tous les autres trentenaires réunis dans la salle. Un contact amical encore une fois, un témoignage de simplicité, contrairement à la complexité de ses riffs, de sa musique, et de l’accomplissement global du band.

On se souviendra de lui comme d’un joueur important dans la reconnaissance de la scène métal ou alternative locale avec Voivod, le plus grand ambassadeur à l’étranger que nous aurons connu à ce jour. Il partait au front, non pas avec des convictions verbales, mais avec des armes qu’il façonnait lui-même, tel le Voivod intraterrestre; ses guitares… C’est avec celles-ci qu’il véhiculera partout sur la planète un message musical d’avant-garde, sur les 13 albums du groupe pendant 20 ans, un héritage qu’il nous aura légué sur vinyle et sur CD, valide jusqu’à la fin de nos propres jours.

Peu de temps avant de partir, Piggy aura confié à son batteur/graphiste Michel Langevin (dit «Away») la mission de prélever ses derniers essais de guitares pour permettre de compléter un prochain album qui était en cours de production. Malgré une mission ainsi interrompue pour lui, signifiant peut-être le chapitre final du Voivod, il aura pu faire un bilan très enviable en accomplissant ce que la plupart des terriens n’auront pu; avoir sorti album s par-dessus album s, la reconnaissance mondiale et avoir eu un impact significatif dans un monde aussi vaste que celui du métal, ou la musique progressive sous toutes ses formes. Malgré son absence, Piggy restera toujours sans contredit dans nos cœurs un des quatre «Warriors of Ice» de Jonquière…

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Photo promo: S. Kinkade

Pour notre troisième entrevue publiée sur ce blogue, on revisite le #8 d’ARSENIC, publié à l’hiver 2008.  Pourquoi? Pour cette entrevue avec John Gallagher, une de ces légendes vivantes de la scène death métal US, membre fondateur de Dying Fetus. Dying Fetus qui, je vous le rappelle, seront de la soirée métal du Festival de musique émergente de l’Abitibi-Témiscamingue, le dimanche 1er septembre [sept dodos!], avec Cryptik Howling, Origin et Voïvod. Quand même amusant de constater que Jason Netherton [Misery Index] et John Gallagher, qui ont fondé ensemble Dying Fetus, ont d’abord joué ensemble dans un groupe nommé Damnation. Mais bon, sûrement pas les auteurs du P’tit Poisson 🙂 Remarquez aussi que depuis l’entrevue, le groupe a commis deux albums, dont le plus récent est Reign Supreme (Relapse Records, 2012). Il est aussi redevenu un trio. Allez, bonne lecture!

Par Martin Guindon

Qui eût cru que Dying Fetus, qui figure parmi les kings du death métal des années 90, serait un jour en spectacle à Rouyn-Noranda? Parlez-en à mon ami Dominic, ex-propriétaire de l’Enchevêtré Musique qui a longtemps rêvé de les faire venir à Amos, jadis (mais qui a trouvé le moyen de les manquer à Rouyn, scandale!). Bah, faut quand même pas oublier que Cannibal Corpse, Suffocation, Cryptopsy et Napalm Death sont aussi venus ici. Mais revenons à DF. Ce n’est peut-être plus le groupe de l’époque d’albums comme KILLING ON ADRENALINE ou DESTROY THE OPPOSITION, mais quand même. Ça torche solide en show. Du bon deathgrind qui frappe droit au cœur et à la tête. Je n’allais certes par rater l’occasion de rencontrer le leader du band et seul membre fondateur restant, John Gallagher, pour une petite jasette. On revient sur l’ensemble de l’œuvre de Dying Fetus et d’autres sujets, dont la relation avec les ex-membres qui ont formé Misery Index (Entrevue dans le prochain numéro en passant!). Sachez que l’entrevue a été réalisée en anglais et traduite par l’auteur de ces lignes.

Dying Fetus s’est formé en 1991. Comment vous êtes-vous réunis?

Les deux principaux fondateurs du groupe sont Jason Netherton (Misery Index) et moi. Nous ne sommes pas allés au High School ensemble, mais nous étions dans un band ensemble à cette époque. En fait, avant de former Dying Fetus, nous étions dans un groupe nommé Damnation, qui faisait du power métal influencé par Overkill et Metal Church. C’est là qu’on s’est lié d’amitié et qu’on s’est mis à jammer. Ça a duré une couple d’années. Ensuite, on est sorti du High School. On écoutait du death métal. Death. Death a sorti un album. Sepultura, Obituary… on en écoutait, mais on n’en jouait pas dès le départ. On a finalement décidé de faire le saut et de faire du death métal. On a essayé différents noms de band, de Decomposed, Flegm, Death Fetus… tous les bons noms étaient pris. Déjà au début des années 90, ce n’était pas évident. Mais on aimait le nom Fetus. On a essayé Decomposed Fetus… pourquoi pas Dying Fetus? On l’aimait bien celui-là. On s’est mis à écrire de la musique gore, au niveau des thèmes lyriques, et c’est comme ça que ça a débuté pour nous. C’était Jason, moi et ce garçon nommé Lefty.

C’était au moment de l’explosion death métal du début des années 90…

Tout à fait. Ce sont ces groupes qui nous ont inspirés. Deicide, Malevolent Creation, les autres groupes que j’ai mentionnés plus tôt.

Votre premier album est INFATUATION WITH MALEVOLENCE (Wild Rags Records, 1995). Mais vous aviez sorti deux démos auparavant… qui ont servi à faire le premier album?

Le premier démo était BATHE IN ENTRAILS (1993) et le second était INFATUATION WITH MALEVOLENCE (1994). Quand INFATUATION est sorti, on avait négocié un contrat avec Wild Rags Records. Il avait pour idée de ressortir les deux démos sur un seul CD et l’appeler INFATUATION. C’est ce qu’on a fait. Techniquement, c’est donc notre premier album. On avait payé l’enregistrement et la production. Il lui a envoyé le master et il a imprimé les CD. C’est comme ça que ça fonctionne souvent dans l’underground. Le label va imprimer 1000 copies et en donner une centaine au groupe.

Vous avez ressorti l’album en 1999 avec votre propre label, Blunt Force Records. Avec des chansons live en boni…

Oui. Il était toujours pas mal disponible. Tu sais, même si c’est primitif et que ça suce par rapport aux standards actuels, il faut garder ce matériel disponible. Les gens peuvent voir d’où le groupe vient et comment il a progressé depuis. Je ne suis pas particulièrement fier de la batterie sur cet album. C’est un autre monde avec aujourd’hui.

L’année suivante, vous avez sorti PURIFICATION THROUGH VIOLENCE (Pulverizer Records, 1996). Vous aviez fait une tournée nord-américaine avec Kataklysm à l’époque…

Oui. C’était notre première tournée officielle. On ouvrait pour Monstrosity et Kataklysm. On a fait quoi, un mois de concerts en Amérique. Ce fut une expérience d’apprentissage. C’était bien cool. On avait beaucoup appris avec ces groupes. Monstrosity était là depuis six ou sept ans. Être entouré comme ça de gars d’expérience… tu apprends beaucoup.

Sentiez-vous que ça décollait, quand vous avez décroché cette tournée?

Pas mal, oui. On a commencé à frapper des marchés comme Houston au Texas, où on a vendu pour un millier de dollars de marchandise en une soirée. On était comme: «What the fuck?». Dans certains endroits, comme au Texas et au Canada, New York aussi… on sentait une forte réaction pour Dying Fetus et ce sont des gros marchés. C’est pas mal à ce moment que ça a commencé à décoller pour nous.

Puis vous avez sorti KILLING ON ADRENALINE (Morbid Records, 1998), qui est certes un des préférés de vos fans…

Pas mal oui. C’est un de nos meilleurs albums… L’album est sorti sur Morbid Records, mais Blunt Force avait les droits exclusifs pour l’Amérique du Nord. Avec cet album, nous avons fait notre première tournée européenne. On a mis un pied dans la porte.

Vous vous tapiez encore tout l’ouvrage à ce stade-ci?

Oui. On payait encore pour tous les coûts en studio. On faisait de la promotion. À ce stade, on se disait: fuck les maisons de disques. On sait à quoi elles servent de toute façon. N’importe qui dans cette business avec un peu d’expérience sait pourquoi elles sont là. Elles ne font que capitaliser sur le talent des musiciens. J’ai toujours trouvé ça un peu chiant que ces gens soient dans des bureaux et prennent le dur labeur de quelqu’un d’autre pour en faire de l’argent. Mais après KILLING, j’ai commencé à réaliser qu’on devrait aller avec une maison de disques, parce qu’ils ont l’argent, ils peuvent te faire plus de publicité et ils ont des employés. C’est une business merdique, mais tu ne peux vraiment t’en sortir à un certain stade.

Musicalement, vous aviez vraiment atteint le mix parfait entre le death métal et le grindcore.

On essayait d’incorporer le plus d’éléments possibles dans notre musique, pour la garder à la page et intéressante. Il faut constamment se renouveler.

Le EP GROTESQUE IMPALEMENT (Blunt Force Records, 2000) était un ramassis de vieux matériel et de covers. C’était pour faire patienter les fans avant le prochain album?

C’était pour donner de quoi de nouveau aux gens en entendant. KILLING était sorti depuis deux ans…

Je trouve que vous aviez donné une twist vraiment intéressante à la chanson de hardcore «Bringing Back the Glory», de Next Step Up. C’est aussi un groupe du Maryland, n’est-ce pas?

Oui. On a fait un cover d’Integrity sur KILLING. On a fait d’autres covers de hardcore. On a simplement ajouté des blast beats pour rendre la chanson plus à la sauce Dying Fetus. C’est comme ça que j’ai toujours perçu les covers. Je ne toucherais pas à certaines chansons parce qu’elles sont déjà excellentes. Prenons Slayer par exemple. À part peut-être quelque chose sur SHOW NO MERCY, mais encore… Mais si une chanson peut être améliorée, ou faite avec une meilleure production, go. Mais si elle est déjà très bonne, je ne me vois pas y toucher. C’est plaisant aussi de s’attaquer à des chansons plus obscures, moins connues.

Cet album est sorti juste avant votre contrat avec Relapse Records?

En fait, je crois qu’on venait de signer avec Relapse. Je crois qu’on a fait GROSTESQUE après DESTROY THE OPPOSITION (Relapse Records, 2000). Une partie de GROSTESQUE, c’était de revenir au gore un peu. DESTROY avait l’Oncle Sam et tout ce côté politique.

Oui, avec DESTROY, vous avez pas mal laissé le gore de côté pour vous tourner les questions politiques et sociales…

Oui. Tout à fait. Et on voulait faire quelques chansons gore, ce qu’on a fait sur le EP. On voulait dire qu’on ne serait pas juste axé sur le côté social des choses.

Vous avez à nouveau tourné avec Kataklysm…

Je crois qu’on a fait trois tournées avec Kataklysm. Ce fut toujours de belles tournées. Je connais Maurizio depuis longtemps. On a fait des tournées européennes avec eux, il y a cinq ou six ans. Ils ouvraient encore là-bas à l’époque. Maintenant, ils sont rendus pas mal gros en Europe.

DESTROY est un excellent album et il avait un line-up incroyable. Toi, Jason, Sparky (Voyles, Misery Index) et Kevin Talley (ex-Death, ex-Misery Index) à la batterie.

C’est album tue. Certains le considèrent comme un classique. Ce fut une belle production.

Quelle était cette opposition à détruire? Quel était le thème de l’album? Était-ce politique?

C’était juste un titre tellement puissant. Jason l’avait trouvé et c’était brillant. On peut le relier à plein de sujets. Je ne sais pas à quoi il pensait en termes d’opposition.

Vous avez tourné pendant 16 mois pour cet album? Est-ce possible?

Quelque chose du genre oui. On a vraiment mis la gomme sur la tournée. On a fait beaucoup de tournées pour le supporter. C’est ce qu’il faut faire dans cette industrie pour demeurer bien en vue. Il faut sortir. Tu ne peux rester à la maison après avoir sorti un album. Tu vas rester un petit groupe si tu fais ça.

Ça doit expliquer l’attente de trois ans avant STOP AT NOTHING (Relapse, 2003)?

Ça et les changements de personnel. S’il y a un long écart de temps entre deux CD, c’est qu’il y a eu beaucoup de tournées et des problèmes à refaire un line-up. Ça demande beaucoup de temps. On voulait aussi prendre le temps nécessaire pour sortir un album de qualité. Je préférerais attendre que de sortir une merde, tu sais? Je ne veux pas faire attendre les fans inutilement, mais je préfère qu’ils attendent et puissent entendre quelque chose de potable plutôt que de chier un nouvel album chaque année juste pour faire de l’argent. On laisse ça à d’autres. On est là pour la musique, pas pour l’argent. Si la musique se met à souffrir, je vais préférer tout arrêter plutôt que de continuer à m’enliser.

STOP AT NOTHING a reçu à la fois des reviews très positifs et très négatifs…

Tu ne peux plaire à tout le monde. Je crois bien que tout le monde sait ça. Les opinions divergent en effet sur cet album. Des gens le considèrent comme étant une merde, d’autres disent que c’est le meilleur qu’on n’a jamais fait. Qui peut dire ce qu’est la vérité? Ce sont toutes des opinions.

Cet album comptait plus de passes groovy, peut-être que ça explique une partie des réactions négatives?

Vrai. Ceux qui aiment les blasts n’aiment pas les grooves, et vice-versa. Mais plus tu deviens gros, plus tu vas te faire tirer dessus et faire face à plus de critiques. J’ai subi des attaques personnelles sur Internet, par des gens qui ne me connaissent pas du tout (PsyKo: à propos de son intérêt plus grand pour le rap que certaines choses qui se font dans le métal)… et c’est la vie. Plus tu deviens big, plus tu auras des trous de cul pour essayer de te ramener par terre.

La présence des deux vocaux est une marque de commerce dans Dying Fetus…

Oh oui, ça a toujours été bien présent. Dès le début, Jason et moi avons été inspirés par Carcass, qui le faisait en 1989. C’était notre principale inspiration. Ils ont utilisé plusieurs techniques vocales. Haut, bas, mixé… on a incorporé ça dans notre style. On ne les a pas inventés, mais oui, on les utilise.

Tu réussis toujours à trouver quelqu’un pour chanter avec toi…

Oui, c’est important pour nous. On n’a jamais voulu avoir un seul vocal monotone dans Dying Fetus.

Vous venez de sortir un nouvel album, WAR OF ATTRITION. Six des huit pièces ont été entièrement écrites par toi?

Plus ou moins oui. Quelques riffs viennent d’autres. Mike a poussé un riff pour «Homicidal». On s’est quand même réunis pour faire du remue-méninges ensemble, avec un ordinateur pour la batterie. Surtout les fins de semaine, parce que la semaine, il faut travailler pour payer les factures. On ne vit pas sur les royautés de Dying Fetus (rires). C’est une réalité. Quand on ne tourne pas, il faut travailler, à moins de vouloir habiter une tente dans le bois. Où l’on vit, dans la région de DC, le coût de la vie est élevé. Ça demande du temps ça aussi entre les albums.

C’est toi le gardien de la flamme, celui qui s’assure que ça va sonner comme du Dying Fetus?

Sans doute, oui. J’imagine que tant que je contribue, ça va sonner comme du Dying Fetus. Je suis là depuis le début. Ça fait maintenant partie de mon style. La majorité du temps, la musique vient de moi. C’est mon bébé. C’est une grosse partie de moi. La musique, même avant Dying Fetus, est une obsession pour moi. De pouvoir le faire et avoir l’opportunité d’être où nous sommes aujourd’hui… je ne veux pas perdre ça. Il faut donc donner son 100 % tout le temps.

Est-ce que tu t’occupes aussi des textes?

Non, je ne touche pas aux textes. Je vais parfois suggérer des titres de chansons ou des sujets à aborder. Jason Netherton s’en est chargé. Maintenant c’est Mike Kimball. Ça n’a jamais été mon affaire. Je suce dans ce domaine. Quand Jason a quitté, j’ai bien essayé, mais ça ne marchait vraiment pas. Il fallait trouver quelqu’un pour le faire, d’autant plus que Jason écrivait vraiment de bons textes. On ne pouvait pas revenir avec des textes pourris. Heureusement, l’arrivée de Mike a réglé le problème. Je crois qu’il fait du très bon boulot à ce niveau.

Vous avez trouvé un batteur assez solide, avec Duane (il a quitté récemment le groupe, pour être remplacé par Trey Williams, de Covenance)…

Ouais, il botte des culs! C’est Bruce Grieg (Covenance, ex-Dying Fetus) qui m’avait appelé pour me suggérer Duane. Je le connaissais. Il a joué dans Divine Empire et on a fait une tournée avec eux en 2003. On avait annoncé sur le net qu’on cherchait un drummer et il ne nous avait pas fait signe. C’est Bruce qui nous a finalement mis en lien. Je n’avais pas son contact. On avait reçu beaucoup d’applications. Beaucoup de courriels avec des vidéos. Jamais rien de convaincant. On a passé beaucoup de batteurs à ce jour, espérons que Duane va continuer à faire son bout avec nous.

Sean contribue aux voix, pour faire les dual vocals…

Oui, il faut bien. Ça va mieux pour nous de travailler en quatuor. Je n’avais aucune idée qu’il pouvait le faire, jusqu’à ce qu’on commence à avoir des problèmes avec Vinnie (David Vincent). Je le poussais pour qu’il s’essaie. Il hésitait. Éventuellement, Vinnie a été remercié. Vinnie a été poussé à nouveau et il a accepté. Et il le fait plutôt bien selon moi. Il a un vocal qui ressemble un peu à celui de Jason et c’est ce qu’on voulait. Quelle chance. Je suis contente que ça arrive avec un membre du groupe, pour ne pas qu’on soit obligé d’aller chercher quelqu’un de l’extérieur pour faire les voix avec moi.

Satisfait de la réponse obtenue par l’album à ce jour? Les reviews sont définitivement plus positifs que pour STOP AT NIGHT…

Oui, j’ai lu quelques critiques négatives, mais règle générale, c’est assez positif. On ne peut plaire à tous. Les fans l’aiment. En tournée, on reçoit beaucoup de feedback positif. On a travaillé fort pour sortir cet album. Ce sont les fruits de l’effort, quand les gens viennent nous dire qu’ils aiment l’album.

C’est toujours un poids à traîner, que d’avoir connu autant de succès et d’avoir une aussi longue carrière…

Oui. Je suis convaincu que je me suis fait beaucoup de nouveaux cheveux gris ou encore j’en ai perdus avec tout ce stress. (rires) Quand tu as fait des grands albums comme KILLING et DESTROY, c’est difficile d’accoter ça par la suite.

Avec qui avez-vous travaillé en studio cette fois-ci?

Le même mec que d’habitude, Steve Carr, du Hit & Run Studio. Il a aussi mis 110 % d’effort dans cet album pour le rendre aussi bon qu’il le pouvait. Il a fait de l’excellent travail en studio.

Vous avez sorti un clip pour la chanson «Homicidal Retribution»?

Oui, on a tourné ça au Eastern State Penitenciary à Philadelphie. On s’est gelé le cul. Il faisait 27 degrés Fahrenheit (PsyKo: -3 Celcius).  Il neigeait. C’est une prison en ruine. On peut en faire une tournée, mais on ne peut y entrer comme on veut. C’était cool. Outre le froid, tout était bien. J’ai dû annuler ma journée de travail le lendemain. J’étais vraiment crevé. Belle expérience.

Quels sont les plans pour le groupe maintenant?

Beaucoup de tournées pour supporter l’album. Il y a l’Europe. On va participer au Brutal Assault en République tchèque. On fait des festivals en Europe. On va en Russie pour la première fois. L’Ukraine… On va faire des dates ici et là entre les festivals. Le Japon, l’Australie, l’Amérique du Sud…

Prenez-vous le temps de visiter quand vous êtes en tournée comme ça?

Quand nous sommes allés en Colombie, je n’ai pas vraiment visité. C’est surtout de l’hôtel et un peu de bar. Mais règle générale, on ne voit pas beaucoup de sites touristiques. Si on a une journée de congé, comme on a eu à Paris lors de notre dernière tournée… nous sommes allés voir la Tour Eiffel et d’autres sites. Nous étions allés à Paris tellement souvent sans jamais voir la Tour Eiffel. À Rome, nous avons visité le Colisée. Mais on est surtout là pour tourner et faire de la musique, pas du tourisme.

Le mot clé est la journée de congé et vous ne semblez pas en avoir beaucoup…

En effet. Et parfois, tu vas avoir ta journée de congé dans le milieu de fucking Nebraska, genre. Ou bien il faut rouler pendant la journée de congé. Tu as une journée de congé, mais le prochain show est à 20 heures de là… alors hop, en route! Mais bon, c’est un peu le choix de vie qu’on a fait. Je ne me plains de rien. Faire de la tournée n’est certes pas de tout repos. Mais quand on met tout ça en perspective, on se dit: bah, je pourrais aussi être en train de faire ma job régulière. Et ça, ça suce plus que tout! Ça explique pourquoi on est en tournée tout le temps. (rires)

As-tu toujours des liens avec Jason, Kevin (Talley) ou les autres anciens membres?

Oui. Ce sont tous des amis. On a connu des moments plus houleux. Mais Kevin, Sparky (Voyles) et Jason sont restés des bons potes. Quand la tension monte et que les situations changent, il y a des flammèches évidemment. Mais bon… On va tourner avec Daath, alors je vais voir Kevin dans quelques semaines. Si on était en de mauvais termes, je ne voudrais rien savoir de tourner avec eux. Ce n’est pas le cas. J’ai vu Sparky juste avant de partir en tournée.

Tu suis ce qui se passe avec Misery Index?

Oui, tout à fait. J’ai pas mal tous leurs albums. Mes préférés sont RETALIATE et OVERTHROW. DISSENT est bon. J’aime beaucoup le drumming de Kevin. Misery Index est cool.

Dying Fetus [2008]

John Gallagher, guitare et voix

Sean Beasley, basse et voix

Mike Kimball, guitare

Trey Williams, batterie

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